Quand les enfants font des crises — colères, oppositions, hurlements — elles sont souvent vécues comme des comportements à corriger. Les parents cherchent des solutions : rassurer, punir, expliquer, négocier… Mais malgré tous leurs efforts, les crises persistent, voire s’intensifient. Et si le problème ne venait pas de l’enfant, mais de la manière dont on tente de résoudre la situation ?

Une autre lecture du comportement : le modèle de Palo Alto

Le modèle de Palo Alto, issu de l’école de pensée systémique, propose une lecture radicalement différente des comportements dits « problématiques ». Plutôt que de chercher une cause chez l’enfant, il s’intéresse à la dynamique relationnelle dans laquelle le comportement s’inscrit.

Dans cette approche, le symptôme n’est pas le problème, mais une tentative de régulation du système. Et surtout, ce n’est pas l’enfant qui tente de résoudre la situation, mais l’adulte, souvent avec les meilleures intentions… mais avec des effets contre-productifs.

La tentative de solution : quand vouloir bien faire entretient le problème

Une notion centrale du modèle de Palo Alto est celle de la tentative de solution. C’est la manière dont une personne (ici le parent) réagit face à une difficulté. Et paradoxalement, plus cette tentative est répétée, plus elle peut renforcer le problème.

Prenons un exemple courant :
Un enfant hurle chaque soir au moment du coucher. Le parent, inquiet, reste plus longtemps, rassure, explique, négocie… Mais les crises s’intensifient. Pourquoi ?
Parce que cette réponse, bienveillante, confirme à l’enfant que le moment du coucher est problématique. L’enfant perçoit l’inquiétude du parent, et la boucle s’installe : plus le parent tente de calmer, plus l’enfant s’agite.

Sortir de la boucle : changer la réponse plutôt que l’enfant

Dans cette perspective, il ne s’agit pas de « corriger » l’enfant, mais de modifier la réponse de l’adulte. C’est en changeant la tentative de solution que le système peut évoluer.

Cela ne veut pas dire être dur ou indifférent. Cela signifie adopter une posture différente, parfois contre-intuitive, mais qui permet de désamorcer la boucle.

Par exemple :

  • Plutôt que de rassurer longuement, instaurer un rituel court et stable.
  • Plutôt que d’expliquer en détail, poser un cadre clair et constant.
  • Plutôt que de négocier, accepter l’émotion sans chercher à la faire disparaître.

En conclusion

Les crises de l’enfant ne sont pas des caprices à éliminer, mais des signaux à écouter. Et souvent, c’est en modifiant notre propre manière de réagir que nous permettons au système familial de retrouver son équilibre.

Changer de regard, c’est déjà commencer à changer la dynamique.